
Location courte durée : les nuitées qui échappent à la statistique officielle
Plus de 40 000 logements et 120 000 lits sont proposés en location courte durée au Maroc. Le potentiel avancé, plus de 22 millions de nuitées par an, reste une estimation et non une donnée établie. Le cadre applicable à l'hébergement non classé est encore en construction.
Le parc non classé a cessé d'être un phénomène marginal
Le Maroc compterait plus de 40 000 logements actifs et 120 000 lits proposés en location courte durée, soit une moyenne de trois lits par logement. La répartition annoncée est fortement urbaine : environ 15 000 annonces à Marrakech, 6 100 à Agadir, 5 100 à Casablanca et 5 000 à Tanger. Ces quatre villes totalisent 31 200 annonces.
Une précaution de lecture s'impose : une annonce et un logement actif ne recouvrent pas la même unité. Un même bien peut être publié sur plusieurs plateformes, et une annonce peut porter sur plusieurs chambres. Les deux séries citées ne s'additionnent donc pas rigoureusement et doivent être maniées comme des ordres de grandeur, non comme un inventaire.
Les 22 millions de nuitées avancées sont une estimation, pas une statistique
Le potentiel du secteur est évalué à plus de 22 millions de nuitées annuelles et 1,65 milliard de dollars de chiffre d'affaires. Ce point doit être énoncé sans ambiguïté : il s'agit d'une estimation construite à partir de données de plateformes, et non d'une donnée statistique établie.
La comparaison avec le parc classé éclaire malgré tout l'enjeu. Sur le seul premier semestre 2026, les établissements classés ont produit 21 845 000 nuitées, en hausse de 9 %, pour un taux d'occupation de 56 %. L'estimation annuelle avancée pour la location courte durée serait donc du même ordre de grandeur que ce que le parc classé enregistre en six mois. Ce rapprochement reste indicatif : les périmètres, les méthodes de collecte et les unités diffèrent, et aucune conclusion chiffrée ne peut en être tirée au-delà de l'ordre de grandeur.
Deux offres coexistent aujourd'hui sous des cadres différents
Le cadre applicable à l'hébergement non classé est en cours de construction. En attendant qu'il soit complet, deux offres coexistent sur les mêmes marchés sans être soumises aux mêmes obligations de classement, de déclaration d'activité, de conformité en matière de sécurité et d'accueil, ou de traitement fiscal et social.
Le sujet n'est pas celui de la légitimité de la location courte durée, qui répond à une demande réelle et contribue à l'attractivité de plusieurs destinations. Il est celui de la symétrie des règles. Un exploitant classé supporte des coûts fixes de conformité qui ne se répercutent pas sur son concurrent non déclaré, et il les supporte sur les mêmes segments de clientèle, dans les mêmes quartiers, souvent aux mêmes dates. La question posée à la profession est donc une question d'égalité de traitement, et non de restriction d'accès au marché.
“Un marché qui n'est pas mesuré n'est pas absent : il est simplement invisible dans les indicateurs sur lesquels se décident les prix, les classements et les investissements.
La régularisation modifierait la lecture même des indicateurs
La régularisation du secteur informel générerait environ 10 % de nuitées supplémentaires comptabilisées à partir de 2027. Appliqué au volume du premier semestre 2026, cet ordre de grandeur représenterait de l'ordre de 2,2 millions de nuitées additionnelles par semestre. Cette estimation fixe une échelle, elle n'anticipe pas un résultat.
L'effet le plus structurant serait méthodologique. Un élargissement du champ statistique modifierait simultanément le numérateur et le dénominateur des indicateurs de marché : le nombre de nuitées comptabilisées, mais aussi la capacité prise en compte dans le calcul du taux d'occupation. Les séries 2026 et 2027 ne seraient alors plus directement comparables, et une variation apparente pourrait refléter un changement de périmètre plutôt qu'une évolution de la demande. Les exploitants qui pilotent leur performance par comparaison annuelle devront en tenir compte.
Ce que cela change pour votre établissement
Intégrez la location courte durée dans votre veille tarifaire locale, en particulier à Marrakech, Agadir, Casablanca et Tanger, où la densité d'annonces est la plus forte.
N'utilisez pas l'estimation de 22 millions de nuitées comme une donnée établie dans vos documents commerciaux ou vos dossiers de financement.
Documentez dès maintenant vos coûts de conformité : ils constituent l'argument le plus solide dans les échanges professionnels sur l'égalité des règles.
Préparez vos tableaux de bord internes à une rupture de série possible en 2027 si le périmètre statistique venait à s'élargir.
Positionnez votre offre sur ce que la location courte durée ne fournit pas : service, restauration, sécurité, réceptif et capacité à traiter des groupes.
La FNIH défend une concurrence équitable entre toutes les formes d'hébergement touristique.
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